Courrières
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Une tragédie industrielle inédite
Dans la grisaille du petit matin du 10 mars 1906 des centaines de familles sont plongées soudainement dans l’angoisse, après qu’une explosion s’est répandue à 6h34 dans le sous-sol du secteur de Courrières. Les poussières de minerai et les gaz en suspension dans les boyaux des mines se sont enflammés. Plus de 110 kilomètres du réseau de galeries sont atteints.
Du point de vue humain, le choc réside dans l’incertitude sur le destin des 1 425 hommes qui ont pris leur service une heure et demie auparavant. L’information de la catastrophe suscite l’empathie au-delà des frontières et notamment dans la Ruhr qui est un des cœurs miniers et industriels de l’Empire allemand.
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La catastrophe de Courrières © BnF/Gallica: Le Petit Parisien. Supplément littéraire illustré, 25 mars 1906
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L’aide allemande aux opérations de sauvetage
Au matin du 11 mars, la tragédie est l’objet d’un échange téléphonique entre deux responsables miniers de la région de la ville de Herne, située près de Dortmund en Allemagne. Interpelés par les événements, Konrad Engel évoque avec Georg Albrecht Meyer la possibilité de fournir une aide. Ils conviennent que Engel doit se renseigner auprès d’un directeur de mines à Béthune, qu’il connait, si une assistance est souhaitée.
Entretemps, Meyer va s’assurer de l’accord de la direction de sa compagnie, mais celle-ci exprime son souhait d’attendre une demande française. Engel s’est toutefois déjà rendu au bureau de poste pour envoyer sa proposition par télégramme, si bien que Meyer ne peut briser l’élan d’Engel. Les Mines de Courrières manifestent très vite leur reconnaissance pour cette offre qui a failli ne pas être faite. Le soir même, une équipe de volontaires forte de vingt-cinq hommes prend le train, emmenant avec elle un matériel de sauvetage moderne qui n’est pas en usage en France.
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Bilan de la catastrophe
En dépit du courage dont ils font preuve, l’accueil des sauveteurs allemands sur le site du drame est mitigé. Le climat s’améliore toutefois rapidement, d’autant plus que les appareils respiratoires apportés permettent d’évoluer plus loin dans un environnement hostile. À chaque fois qu’ils ressortent à la surface, les mineurs allemands sont acclamés par la foule. Mais trois jours après l’explosion, l’ingénieur général Delafond ordonne d’arrêter les recherches et de murer certains accès aux mines, afin d’éviter la propagation de l’incendie qui s’étend encore sous terre.

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La priorité donnée au sauvetage du gisement plutôt qu’à celui des mineurs cristallise les frustrations. En désaccord, Meyer, qui s’est placé à la tête de l’équipe allemande, part avec la majorité de son équipe, mais laisse huit hommes sur les lieux. La population du Pas-de-Calais, elle aussi choquée, se mobilise dans une vague de grèves. Malgré tout, des survivants sont retrouvés, dont le dernier, le 4 avril, grâce à l’aide des sauveteurs allemands restés sur place. Officiellement, 1 099 mineurs et quelques sauveteurs français ont péri dans la catastrophe.

Transport des morts © BnF. Catastrophe de Courrières, 12 mars 1906
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La catastrophe de Courrières © BnF/Gallica: Le Petit Parisien. Supplément littéraire illustré, 25 mars 1906
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La reconnaissance pour le geste des secouristes allemands
L’acte des secouristes allemand a d’autant plus marqué les esprits qu’il est intervenu dans une phase de tensions entre leur pays et la France autour de l’influence exercée sur le Maroc.
Afin de manifester sa volonté d’apaisement, l’empereur allemand Guillaume II a souhaité s’identifier avec l’acte de sauvetage et ordonne l’organisation d’une cérémonie au cours de laquelle il salue les héros et leur distribue des médailles. Dans un rapide discours, il souligne sa reconnaissance et l’amour du prochain qui réunirait « les peuples au-delà des bornes frontières, de quelques races qu’ils soient ». Une reconnaissance officielle parvient également du côté français : la légion d’honneur est attribuée à Meyer et les autres sauveteurs allemands reçoivent la médaille du sauvetage en or.
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La naissance d’un lieu de mémoire
Très tôt, l’acte de solidarité est l’objet d’une commémoration puisque, peu après les événements, une plaque de bronze dédiée à la troupe de sauveteurs est apposée dans les locaux de leur compagnie. Cependant, la célébration de l’acte de solidarité se perd momentanément dans les troubles de la Première Guerre mondiale. La tragédie de Courrières sert tout de même de source d’inspiration au cinéaste Wilhelm Georg Pabst pour la réalisation d’un long métrage en 1931. Intitulé Kameradschaft en allemand et La Tragédie de la mine en Français, le film souligne avec force la capacité des peuples des deux pays à fraterniser.

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La solidarité passée comme fondement de la solidarité ultérieure
À la suite de la Seconde Guerre mondiale, le souvenir de l’initiative allemande de 1906 motive la ville de Herne à tisser des liens avec les communes françaises touchées par la catastrophe. En 1954, elle se tourne vers les villes de Hénin-Liétard, Billy-Montigny et Lens, sur le territoire desquelles les puits ont particulièrement été touchés.
La démarche entraîne la signature d’un pacte entre les quatre municipalités par lequel il s’agit de contribuer au rapprochement franco-allemand. Les premières délégations qui circulent entre les villes sont formées de mineurs, mais rapidement, des groupes d’enfants se trouvent impliqués dans les échanges. En 1967, un acte officiel de jumelage est signé entre Herne et Hénin-Liétard. Depuis lors, l’appariement s’est étendu à l’échelon des établissements scolaires des deux villes.
Courrières - Catastrophe minière et solidarité transnationale